Les différentes faims

Les différentes faims

Psychologiques et/ou physiologiques ?

Le Docteur Marie Thirion (notamment auteure du livre « Pourquoi j’ai faim ? ») rappelle que le conditionnement de l’humain est archaïque puisqu’il remonte à l’époque des hommes préhistoriques. L’Homme est programmé depuis la nuit des temps pour chercher et trouver sa nourriture. L’Homme de Cro-Magnon est un être en mouvement, qui grignote et dont le corps est fait pour « faire des réserves » pour les périodes plus rudes, voire les disettes, en hiver notamment... 


La faim

Les définitions que l’on peut trouver sont essentiellement des définitions restrictives puisqu’elles s’arrêtent à la perception sensorielle.

Selon l’Encyclopédie des Sciences et des Techniques (1971) : "La faim est une manifestation physiologique d’un instinct fondamental. C’est la sensation qui pousse les êtres vivants à satisfaire leur nécessité en aliments".

Selon le CNRLT, la faim est : une "sensation que fait éprouver le besoin ou l'envie de manger."


La différence entre une faim psychologique et physiologique

Se nourrir - la faim - est un acte avant tout physiologique mais également, (et encore plus dans notre société à ce jour) un acte psychologique et social. L'être humain a besoin de se nourrir de nutriments (acte physiologique), mais il se nourrit également de sentiments (acte psychologique). Il est nécessaire de bien faire le distinguo entre les deux grandes catégories de faims elles-mêmes réparties en diverses sous-catégories.

La faim physiologique/physique

C’est le corps (les cellules) qui réclame et qui a besoin d’énergie pour fonctionner et vivre. Il a besoin des nutriments essentiels pour faire fonctionner les fonctions vitales d’un individu. Cette faim peut prendre différentes formes, et se manifeste de diverses façons selon les individus (gargouillis, maux de tête,…). 

La faim psychologique

C’est une faim qui est reliée au mental (qui peut se traduire par un comportement) et il existe de multiples types de faims psychologiques (faim émotionnelle, envie, faim sociale, …etc.). Elle peut être déclenchée par des événements, des émotions, l'entourage, le cadre de vie, des souvenirs,..).


Les diverses faims 

🟤 La faim physiologique/physique

Cette faim n’est pas « discutable » pour un individu. Elle se manifeste lorsque les cellules du cerveau, du corps commencent à manquer d’énergie, provoquant généralement chez l’Homme des sensations de malaises. Ce besoin de renflouer ses réserves énergétiques peut prendre différentes formes et sensations : estomac serré, qui gargouille, irritation, sensation d’être fébrile, mal de tête, envie de vomir, froid, vertiges, malaise, … cela est propre à chaque individu. C’est un besoin irrépressible de se nourrir, peu importe l’aliment ingéré. Cette sensation connue de tous est naturelle et primordiale car, sans elle, il ne peut pas y avoir de perception de rassasiement en fin de repas et de régulation du poids. Mais, cette sensation peut-être tronquée pour diverses raisons que nous verrons par la suite… 

Les deux principales faims physiologiques peuvent être nommées de la sorte et sont les suivantes :

La faim de l’estomac

C’est celle que l’individu affamé ressent lorsque son estomac est « creux » (vide, contractions, spasmes, bruits de gargouillements, estomac serré,…) et qui signifie qu’il est temps de manger maintenant, car le corps a besoin d’énergie de suite. La faim de l’estomac est, pour la plupart du temps, réglée comme une horloge » : cet organe a besoin d'aliments chaque jour et les réclame aux mêmes heures car il a été conditionné (le plus souvent par la société). 

La faim cellulaire/homéostatique

Elle est associée à l’instinct, comme la faim naturelle des nouveaux- nés, et est un besoin plus qualitatif et précis que la faim physiologique de l’estomac. Elle survient lorsque l’énergie du corps baisse. Elle peut indiquer de quoi tu as besoin en terme d’aliments (ou te donner des indices , par exemple en signifiant quelle texture, goût,…). C’est donc une faim qui quelque part « met en scène » l’intuition de l’individu car plus spontanée : cette attirance pour certains aliments (sans véritables « explications ») correspond à l’identification par l’intelligence inconsciente de l’individu des nutriments dont il a besoin. Cette faim est intéressante car (si elle n’a pas été tronquée et déréglée), elle permet de tisser un lien entre les véritables besoins physiologiques et l’ingurgitation d’aliments. En revanche, elle demande d’être très à l’aise avec soi, et très à l’écoute de son corps ainsi que de ses besoins profonds, sans se laisser parasiter par les événements extérieurs, les croyances ou encore la société.

🟤 La faim sensorielle, la faim des sens ou d'appétit

Cette faim concerne tout ce qui met en marche nos sens, et ces sens sont liés au plaisir.  C’est une faim qui, le plus souvent, pousse un individu à manger au-delà de sa faim réelle. Ce sont en effet les différents sens qui démultiplient les envies et qui mènent dans la plupart des cas à des émotions. C’est cette faim qui va provoquer de l’envie ou du dégoût juste à la vue, à l’odeur, au goût, au bruit,… Voici les principales :

  1. La faim visuelle : C’est une envie déclenchée par le simple fait de voir de la nourriture (évidemment d’autant plus si ce sont des aliments appétissants pour l’individu) ou un joli plat bien présenté (oui l’aspect esthétique d’un repas ou d’un aliment joue beaucoup ! ).
  2. La faim olfactive : Cette faim est déclenchée par les odeurs des aliments, d’un plat,… D’ailleurs plusieurs études montrent l’influence des odeurs sur la quantité de nourriture absorbée chez l’Homme.
  3. La faim gustative/buccale/de la bouche : Elle est rattachée au plaisir gustatif, aux sensations agréables en bouche,… Les sensations gustatives peuvent vraiment pousser à manger plus ce dont le corps a réellement besoin, car ces plaisirs liés aux sens provoquent des émotions.

Et l’appétit… ?

L’appétit ne correspond pas à un besoin physique/physiologique, c’est le désir de manger, l’envie de manger. Il peut potentiellement déstabiliser les besoins premiers d’un individu en perturbant ses sensations alimentaires (le fait d’être rassasié ou non) tout en amenant des émotions dites positives (besoin émotionnel, plaisir, réconfort,…) ayant parfois des conséquences (mal-être, maladies, obésité, surpoids en général,…).

Dans la société actuelle, il n’est pas évident de se nourrir… Il est cependant important de noter que l’équilibre peut se trouver pour ces faims sensorielles, sans qu’il n’y ait de pulsions alimentaires. Le but est de tendre à un équilibre entre faims physiologiques/physiques, faims « plaisirs » et appétit.

Les émotions déclenchées par le biais d’un des sens expliquent le fait qu’un individu puisse avoir une pulsion et envie de manger uniquement par la pensée.

🟤 La faim hédonique

C’est l’inverse de la faim homéostatique. Elle peut-être définie comme une envie irrépressible, un fort besoin de s’alimenter, sans que cela soit une nécessité d’ordre biologique.

Elle est uniquement « psychologique », et elle peut être dans certains cas déclenchée par les sens (à la vue d’un aliment, l’odeur, les pensées,..), car le fait de manger procure du plaisir.

En général ce besoin intense est axé vers des produits plutôt gras et sucrés... L’individu ressent vraiment la faim (malgré le fait qu’il n’y ait pas de besoins physiologiques), et va (potentiellement) aller au-delà du rassasiement, … Derrière ce besoin se cache généralement d’autres raisons (besoin de sécurité, besoin d’amour,…) mais cela peut aussi être dû au fait de l’environnement, notamment l’abondance de nourriture, la société qui pousse à consommer davantage, qui offre une large sélection de produits, les additifs,…etc.). Il se peut que cette faim mène au surpoids, voire à l’obésité, d’où l’importance de pouvoir trouver et comprendre la cause de ce type de faim. 

Ce mécanisme de faim particulier est aujourd’hui reconnu et vérifiable notamment grâce aux IRM et autres technologies d’imagerie cérébrale et a été prouvé notamment avec des expériences scientifiques menées sur des souris.

🟤 La faim affective, du coeur

C’est la faim du besoin d’amour, de réconfort, d’enveloppement, de douceur, d’apaisement… C’est également une faim « psychologique », liée aux émotions (« positives ou négatives »), aux ressentis, aux sentiments, … tout, sauf à la faim au sens biologique et physiologique du terme. De par le vécu d’un individu, il va pouvoir associer (ou non), en conscience ou non, certains aliments à ses moments de vie (malheureux ou heureux) et potentiellement générer un sentiment de sécurité, de réconfort ou au contraire une peur, un malaise,… 

Il existe toutes sortes de raisons pour lesquelles ce type de faim s’exprime prenant source dans des traumatismes, dans l’enfance, dans des paroles, pour combler un manque, par ennui, par le trop plein d’émotions, pour s’apaiser,… et/ou être développé sur le tard. C’est pourquoi, chez certains individus, vivre une situation délicate, profonde et/ou intense émotionnellement parlant, peut déclencher ce type de faim et donner une envie irrépressible pour certains aliments, ou entrainer des compulsions (crises subies), … etc. 

C’est donc déporter les sentiments sur l’alimentation (impliquant un comportement alimentaire plus ou moins spécifique) sans qu’il ne s’agisse d'une véritable faim au sens physiologique.

L’individu peut ressentir le besoin de « se remplir », même si cela n’apaisera pas véritablement ses maux… C’est dans la majorité des cas un leurre mais une solution « instinctive », pensant permettre à l’individu de mettre fin à son état émotionnel présent. C’est une faim complexe, pour laquelle il est nécessaire de trouver un autre mode de gestion des émotions et de se faire aider (car dans la plupart des cas, ces comportements sont une souffrance pour l’individu). Identifier les causes de cette faim, la comprendre, aidera dans un premier temps à mieux la gérer.

🟤 La faim de l'esprit ou la faim théorique, rationnelle, mentale et cartésienne

Elle correspond à l’envie de manger qui apparaît lorsque l’individu prend conscience qu’il « doit » manger par exemple (car cela fait longtemps qu’il n’a pas mangé, ou par les horaires, par la société,…), ou parce que tel ou tel aliment est meilleur pour la santé, par les croyances en général,… C’est donc la faim liée aux messages reçus, à la société, aux « principes »,… qui prennent le pas sur les besoins fondamentaux du corps (règles alimentaires, régimes alimentaires, horaires d’alimentation, peurs du manque,…).

Il est vrai qu’actuellement il est difficile de trier le faux du vrai, de faire face aux industries et de ne pas tomber dans les pièges marketing, tant les messages nutritionnels fleurissent en masse. Les croyances alimentaires donc (qui naissent consciemment ou inconsciemment), pour la plupart des individus, dirigent ainsi les comportements alimentaires et ce que nous ingérons dans notre vie quotidienne. 

Ce type de faim peut être associé à une certaine déprogrammation de soi-même, les croyances et les dogmes prenant le pas sur ce qui est instinctif et intuitif de base. 

Le danger est que cette faim peut entrer en contradiction avec d’autres types de faims et détourner l’individu encore plus de lui-même, de ses besoins, et même créer certains comportements alimentaires autodestructeurs. Aussi, le danger est l’orthorexie (obsession pour la nourriture saine).

Par ailleurs, il s’avère que tout n’est pas à ignorer concernant les avancées en termes de recherches alimentaires. C’est pourquoi il est primordial et nécessaire de faire son éducation alimentaire en permanence, de se renseigner, d’étudier, de suivre les évolutions en terme de connaissances nutritionnelles et de faire ses propres choix, sans nier ce qui est véritablement bon pour toi.

Il est important de rappeler qu’aucun aliment n’est « bon » ou « mauvais », tout est dans la justesse, dans l’équilibre en terme de quantité et de variété. Manger doit rester un plaisir. Mange avant tout avec tes sens, ton intuition, tes besoins physiques, et moins avec la tête et/ou en fonction des diktats. 

🟤 La faim sociale

C’est une faim qualifiée de psychologique. C’est tout simplement la faim de la convivialité. Elle qui va pousser à manger davantage de par le moment partagé avec l’entourage. C’est un moment plaisir, où les notions de temporalité peuvent être perturbées, et de ce fait il est probable de manger "plus que nécessaire", de ne pas avoir conscience des signaux de satiété, de faim réelle, de rassasiement, … mais cela est tout à fait normal et ne doit pas être source de culpabilité : socialiser c’est normal, agréable et l’important c’est avant tout de passer de bons moments. 

🟤 La faim comportementale et d'entraînement (selon le Docteur Marie Thirion)

Elle est associé au mimétisme, au fait de faire comme autrui et de manger avec autrui.

🟤 La faim de stimulation (selon Docteur Marie Thirion)

C’est une faim subtile. Elle peut être associée à d’autres faims, et apparaît lorsqu’un individu a besoin de se sentir stimulé au niveau sensoriel (goûts, saveurs, textures, froid, chaud, …etc), ou faim de « mécanique buccale » (faim-succion, besoin de mâcher, de mordiller, de ronger,…).

🟤 La faim emotionnelle

C’est une faim psychologique assez complexe. Elle est associée à un comportement alimentaire autre que la faim physiologique ou l’envie. La faim du cœur est une faim émotionnelle. C’est également l’envie (irrépressible souvent) de manger lorsqu’il y a un trop plein d’émotions (joie, tristesse,…) ou sensations (fatigue, stress,…) positives ou négatives, un besoin de combler, de se remplir, pensant que cela va aider à mieux gérer l’avalanche d’émotions. 

Cette faim est parfois associée à des comportements qui peuvent être dérangeants, néfastes et la plupart du temps incontrôlables (compulsions alimentaires voire boulimie, hyperphagie,…) dans le but de trouver l’apaisement, le réconfort et entraînant un grand sentiment de culpabilité, entraînant dans un cercle vicieux et malsain. C’est pourquoi elle peut être responsable d’une mauvaise relation avec la nourriture.

La faim émotionnelle est une faim psychologique complexe, et pour éviter ces épisodes désagréables (si c’est le cas pour toi), il est nécessaire encore une fois de se concentrer sur la cause, le pourquoi, ce qui va permettre de trouver des solutions, et de trouver à quoi est due cette faim. (Besoin d’amour, d’estime de soin…). Il est également important de se faire aider en s'entourant de professionnels. L’alimentation en pleine conscience (proposé notamment par Dr Jan Chozen Bays) peut aider pour ce type de faim. 

Conclusion 

Les faims physiologiques et psychologiques sont normales. S’alimenter, c’est savoir se nourrir physiologiquement et psychologiquement (sans que cela ne nuise à to, bien-être global). Les faims sont souvent déréglées par nos modes de vies, la société, les diktats, c’est pourquoi il peut être bénéfique de se reconnecter à son soi véritable, c’est-à-dire à son intuition, ses ressentis profonds, faire fonctionner tous ses sens, se connaître, apprendre à identifier et reconnaître ses faims, les vivre, les ressentir, les accepter, dans le but de tendre à un comportement sain, naturel, décomplexé et intuitif avec la nourriture.

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